Les soldats exténués, avaient repris la mer une nouvelle fois, dans l’espoir que leur calvaire finirait enfin. Trente jours qu’ils parcouraient l’océan, poursuivant sans relâche un ennemi toujours trop rapide. Une part non négligeable de la flotte avait été perdue et de nombreux soldats avaient péris durant cette traque, harcelés par des détachements de l’armée ennemie. Cette dernière, en infériorité numérique, utilisait tous les stratagèmes pour éviter l’affrontement direct, et affaiblissait les assaillants, tant physiquement que psychologiquement.
Cela ne pouvait plus durer, et l’assaut final devait être lancé…
Cette fois, seuls les plus valeureux guerriers étaient de la partie. Toutes voiles dehors, les bâtiments de guerre filaient sur l’océan. Les esclaves, le visage fermé, le corps luisant sous les rayons du soleil naissant, n’avaient jamais ramé si vite, portés par la cadence infernale du tambour. Les flots et les vents propulsaient les navires remplis de soldats à une vitesse infernale, et l’armée, malgré sa lassitude, parraissait plus motivée qu’au premier jour. On pouvait lire une détermination sans faille dans le regard azur du commandant, qui, excédé par tant de reports, voulait voir cette guerre s’achever.
Après une dernière prière à la gloire d’Athéna et de Poséidon, ils avaient levé l’ancre dès l’aube, et l’île rivale apparut d’entre les nuages, éclairée par un soleil au zénith. Rien ne venait troubler le silence qui reignait en ces lieux, et c’est remplis d’appréhension que les soldats accostèrent, redoutant une nouvelle ruse de l’ennemi. Quelques eclaireurs furent détachés tandis que le gros des troupes s’apprétait à marcher sur la cité. Le doute pouvait se lire sur le visage des champions, pourtant endurcis par des années d’expérience martiale.
Alors que l’armée s’avançait au devant de la muraille adverse vide de tout soldat, et que les béliers forçaient l’entrée, certains soldats laissèrent éclater leur soulagement de n’avoir eu de bataille à mener . L’incompréhension et la surprise se lirent brièvement sur le visage des imprudents, quand ils furent transpercés par la nuée de flèche qui s’abbatit sur eux. Les soldats survivants s’empressèrent alors de forcer le mur, et retrouvèrent l’armée adverse à l’intérieur de la cité. Le corps à corps fut brutal, et les attaquants, portés par leur chef et par l’ivresse du combat, transpercèrent sans peine les premières lignes, composées de combattants inexpérimentés. Les ennemis tentèrent de se replier, couverts par les archers, mais la charge des champions eut raison des infortunés scythes, qui tombèrent les uns après les autres.
Les champions survivants se regroupèrent afin de lancer l’assaut final qui allait les opposer aux meilleurs combattants de ces terres. Galvanisées par les paroles de leurs chefs respectifs, les deux troupes s’etreignirent dans un assaut sans mercie, qui tourna à l’avantage des assaillants, supérieurs numériquement.
Les survivants, les bras chargés de leur butin et des corps de leurs camarades blessés, reprirent le chemin de leur patrie, las d’avoir mené une aussi rude bataille, et impatients de retrouver leur foyer pour un repose bien mérité.
Pourtant, on pouvait appercevoir dans les yeux de leur chef une lueur qui présageait au contraire d’une autre campagne, toujours plus longue et dévastatrice…